dimanche 20 octobre 2019

Trail de Larchant 23K D+915

La semaine dernière c’était le trail de Larchant, suivez ma plongée dans l’inconnu de ma plus grosse épreuve de running (merci à Cécile la copine de 20 ans).
Larchant, un parcours de 23 km inquiétant surtout pour son dénivelé de 915m (trois fois la tour Eiffel).

Ce dimanche matin à 6.30 du matin au sein de notre équipe de joyeux petits écureuils, je ne m’attendais pas une seconde à ce qui nous attendait 3 heures plus tard…

K0: Le départ
First of all, il faut mentalement briser cette chape de plomb qui vous tombe dessus et qui vous paralyse pendant les premiers mètres de la course “non mais… je pars pour 3 heures 30 de course…”.

Le temps est idéal, de cette bonne fraîcheur matinale qui revigore.

Sourire aux supporters en doudoune bien chaude sur le bas côté, baguette de farine complète sous le bras et moi en short moulant et tee-shirt technique manches courtes Kalenji…

Un tour du beffroi, comme pour prendre de la vitesse et zou nous voilà lancés! Je joue des coudes, car parti dans le wagon de queue, il ne faut pas prendre du retard avec un rythme trop lent, “on ne va pas me la faire”, je monte donc en régime dès le début de course hop hop !

Je quitte Cécile et Laurence; Boris est parti le dernier mais je ne me fais aucun soucis pour lui, le futur marathonien new-yorkais.

On longe la campagne de Larchant et après 2K on plonge en plein bois, dans “le vrai”, j’adapte ma foulée, hop hop on évite les tranchées, le tour de chauffe est terminé.

K3: Embouteillages
Un arrêt. Que se passe-t-il? un POI? Tout le monde marche, mains sur les hanches… On se renseigne, Il s’agit de le première côte! “Mais enfin, courez, marchez vite!” entend-on. On s’impatiente à côté de moi (moi itou) on est à l’arrêt complet.

On est chaud, mais on piétine et on peste à demi-mot sur ces “traileurs du dimanche” (la suite sera beaucoup moins drôle).

K5: Un bolide
Je marche, sur du plat, pour la première fois vu que dans 100 mètres tout le monde est (encore) à l’arrêt.
Et ça ne loupe pas, puisque juste à ce moment une voix grave me hèle et m’ordonne de courir 😁, c’est Boris, en plein positive split qui cours comme un cabri et remonte le peloton. Je le prend en chasse sur quelques centaines de mètres et ciao je le laisse disparaître dans la foule, inutile de me carboniser en début de course.

K7-8: Shrapnel du chrono
Et ce trail va éructer ainsi sur plusieurs kilomètres avec à chaque fois un arrêt quasi complet pour cause de côte à gravir. Pour un peu on se croirait dans le métro.

Dès lors j’en oublie le chrono (même si ce n’est pas l’objectif lors d’un trail) qui avec des allures montant à 12 mn au km à littéralement volé en éclat… Cà c’est fait.

Une inquiétude pointe son nez toutefois, cette ritournelle de côtes commence à être un brin relou, ces montées ne sont absolument pas friendly, agressives et longues. Rien à voir avec celles de mon premier trail (D+145 certes).

Je commence à pester mais trouve du répondant auprès mes voisin.e.s, on jure à pleine voix dans la forêt, çà détend, on rit. Hop hop par dessus les troncs d’arbre (et si on croise un sanglier on fait quoi??), on dévale les descentes en battant des bras comme des oiseaux afin de garder l’équilibre, on dépasse les plus lents, j’y crois encore…

K9: Zioooup (première glissade)
Mon pied gauche qui à toujours tendance à traîner se lie d’amitié avec une f*** racine et envoie mon corps en avant. Élégante glisse (vraiment) sur le genou droit, rétablissement immédiat, on se croit sur la scène de l’Opéra de Paris, Noureev c’est moi!

K10-11: Mal à la tête
La nature est belle, mais attention sur les chemins étroits à ne pas finir dans les ravins protégés par une cordelette (les fous, ils pourraient mettre des barricades, des signaux lumineux, que fait la police?)…

Assis sur un rocher un type accompagné d’une infirmière à la tête couverte de sang, mais le sourire au lèvres. Il n’a pas vu la grosse branche pendante et BIM ! “Faites gaffe elle est juste là!” hurle-t-il.
Hop hop on baisse la tête et on hurle “braaaanche” pour les suiveurs.
Le trail c’est Rambo…

Cela doit faire 1 heure et demie que l’on court et seulement 10K. Les coureurs se sont dilués, les distances entre nous s’allongent, les visages se plissent.
Ce n’est pas la distance qui pèse, mais ces foutus dénivelés. Chaque côte est une épreuve, aucune n’est “prenable” en courant ou alors sur 10 mètres tout au plus. Je commence à me poser des questions, car il y en a une environ tous les kilomètres… Je sens qu’il y a truc qui “ne va pas le faire” aujourd’hui.

K12: Ravitaillement sur le Mont Blanc
Au sommet du “Mont-Blanc” on se ravitaille en eau, c’est tout ce qu’il y a, on était prévenu, ”venez avec vos ravitos”. Certains posent pour la photo puis dévalent la descente pour la seconde partie, réservée aux traileurs du 23K.

Je ne pose pas, je descends en faisant la g*** (le photographe m’ignore CQFD) car je commence à en souper pas mal, furieux et un brin vexé par la difficulté de l’épreuve et mon incapacité à performer.

Les coureurs du 12K se dirigent vers leur arrivée, il y a désormais beaucoup moins de participants à croiser, je replonge dans les bois accompagné de La Solitude. C’est une autre course qui commence.

K13: Les frelons contre-attaquent!
Soudain des cris de femmes à 100 mètres devant moi. Une chute? Un catfight? Des bodies moulés dans des tee-shirts roses et oranges fluos qui s’agitent dans tous les sens. On approche de la scène et soudain des bzzz assourdissants ! B* on traverse un essaim de frelons, pas le temps de réfléchir, il faut courir, fuir! Ces quelques secondes semblent interminables, je me fais littéralement mitrailler dans le dos par une dizaine d’insectes. Fusillade de seringues d’alcool à 90° injectées dans le sang. Je n’ai pas protégé mon visage et j’ai la grande chance de ne pas avoir été piqué en frontal. Mon prédécesseur à eu moins de chance, piqué au visage et au cou. Un des coureurs, allergique, à été transporté à l'hôpital.

Le trail, c’est… Prédator

Émus, on repart rapidement toutefois, on croise les ruches. Le dos en feu, mais reboosté, je continue de plus belle sur un beau rythme de course.

K14-16: Et tu casses ! Et tu casses !
Check général, si j’étais allergique aux piqûres de frelons, j'aurais déjà doublé de volume. Le souffle est OK, pas de fatigue, mon amie #douleurgenougauche12K est absente. Les traumatismes post-accident du mois d’août (clavicule, fesses, pied) éteints. Tout roule ou… presque, car le tempo 1 kilomètre de plat/1 kilomètre de côte casse le rythme et les muscles des cuisses, des mollets et… le moral.

Je dois apprendre à démarrer rapidement, un trail de cet acabit ne s’improvise pas et il est trop tard pour en apprendre les règles. Rien d’autre à faire que grimper les mains sur les cuisses.
Les muscles sont sollicités au max, ils répondent de moins en moins. Lever la jambe de 15 cm pour faire un pas en pleine côte devient un acte héroïque, une victoire.
Stratégiquement il faut déconnecter le cerveau, contrairement au semi à ce moment de la course, c’est du 100% physical.
Dans les grimpées, il faut chercher la bonne foulée (ni trop grande, ni trop petite), quand ce n’est pas marcher à quatre pattes (j’étais prévenu).

K16: Zioooup (seconde glissade)
16 kilomètres, c’était le Paris-Versailles quinze jours avant, avec une perf' moyenne. Mais ce matin c’est une autre paire de manches. Ce trail c’est comme courir un fractionné de montées-descentes, sauf que l’on ne choisit pas les sections.

Je retrouve un peu la foi, j’ai un acolyte derrière moi, c’est motivant et la nature est accueillante. Ne pas s’enflammer dans la descente, le chemin est étroit, ça glisse un peu et… mon pied gauche (encore lui) vit un deuxième big love avec une racine, je m’étale avec moins de grâce que la première fois, glissé sur genou droit, écorchures au bras droit, rétablissement immédiat. Mon suiveur me checke:
– “tout va bien?”
– “Ouiii, c’est cool” dis-je en souriant (jaune), pouces levés, je repars de plus belle. Mais le doute s’installe fermement, la fatigue et la baisse d’attention sont responsables de ces chutes. Cela devient dur. Encore 7K, soit au moins 7 côtes…

K17: 2e passage au stand
Je hais les organisateurs, mais leur pâtes de fruits (surtout les vertes) à ce deuxième ravitaillement sont trop bonnes. 1, 2, 3, 4… et tiens encore deux pour la route. Le sucre est un excellent booster de moral, éphémère certes.
Un coureur encourage son pote qui n’en peux plus et veut abandonner.

On est très peu à cet arrêt, aucune idée de ma position, mais je sais être dans la dernière partie de cette épreuve.

Je repars seul, pâte de fruits en bouche, un brin résigné, la douleur étant lourde à porter. Je ne me forge qu’une seule certitude: “il faut que je me traîne jusqu’au bout”.

K18: C’est beau la nature en solo…
Un kilomètre que je cours seul sur un large sentier, j’apprécie cette communion avec la nature.
Au vu l’état des lieux: la fatigue, no perfs, le dos en feu, le bras écorché, cuisses dures comme du bois, c'est alors que je sors ma botte secrète: “Kicks” ma compil Spotify. Elle va me porter jusqu’au bout (clever boy je suis). Le premier morceau Fountainhead de Photek se lance, ma foulée s'accélère, j’entame mon second souffle, mais…
Stop! Je suis seul depuis un moment, je lance mon regard au loin, personne, les types de tout à l’heure sont partis après moi mais je ne les vois pas. Je ne vois pas de balises… Connaissant mon sens de l’orientation légendaire, il n’y a qu’une solution, je suis sorti de la piste!

Je reviens sur mes pas, dépité, plusieurs minutes de marche avant de retrouver les balises et le chemin.

K19: sans 4G (c’est le pompon) et jamais deux sans trois (le retour de la chute)
Galérien… Je relance ma compile, mais Photek hoquète, la connexion est pourrie, l’iPhone bascule en 3G et ça Spotify n’aime pas. Plus de musique, plus de booster, c’est la Bérézina.

Je croise des VTTistes qui empruntent les mêmes routes que nous (les fous!) on se salue. Au total j’ai perdu 10 bonnes minutes. Qu'à cela ne tienne car je n’ai d’autre ambition que de terminer ce f*** trail.

Une autre côte couverte de ce qui ressemble à du sable blanc m’attend, au sommet deux jeunes fringants m’encouragent avec des hourras! C’est sympa je les salue entame un virage et Zioooup troisième chute! Cette fois bye bye Noureev, bonjour Baloo, je m’étale de tout mon long, mon visage s’enfonce mollement dans le sable, comme au ralenti. je me relève prestement, un peu ridicule.
19K ce n’est pas grand chose, mais à près de 3 heures de course soit plus d’une heure au-delà d’une course sur du plat, plus que la fatigue, c’est de ne plus sentir ses jambes qui “tue”. Je subis entièrement la course 😕.

Seul sur les sentiers, à quelque cents mètres derrière moi un autre runner esseulé en tee shirt technique jaune fluo, il n'est pas question qu’il me dépasse celui-là!

Je suis au bout de ma vie, mon GPS déréglé m’annonce 24K alors que les gentils organisateurs m’annoncent “encore 30 mn!” (wtf). Pas de musique et la côte du pachyderme qui s’annonce, je monte à quatre pattes, me fait dépasser par un vieillard, c’est OK, ses mollets sont super fitted.

K20: Tu ne lâches rien !!
Un petit groupe me dépasse, leur leader sentant ma fin proche, prend pitié, se retourne et m'invective amicalement le regard sévère, “tu ne lâches rien, suis nous !”. Je m’accroche mais ils ont un sacré rythme. Je tiens 1 km, je traîne la patte, l’écart s'agrandit subrepticement et à la prochaine côte je lâche l’affaire. Les organisateurs ne cessent de me dire que l’arrivée est au prochain tournant, ils sont bienveillants, mais je ne vois rien à l’horizon.

K21-23: Encore 200 m !
Je dois avoir une drôle de tête, blanchi par le sable et le sel séché (imaginez le topo…). La côte bleue est la dernière. “Elle est très longue” semble chuchoter avec une grimace, le monsieur au bord du sentier. C’est donc avec beaucoup d’appréhension que je l’aborde celle-là et c’est peu dire qu’elle est intraitable, interminable, un vrai supplice. Je souffre le martyr et atteint le sommet les mains au sol, exsangue.

J’entame la descente, il reste 200 m, j’aperçois un organisateur en bas de la pente, mais cela ne ressemble pas à une ligne d’arrivée, c'est alors qu'il m’indique la suite du parcours: “c’est par là”.

What? Tout là-bas? 😳 Il faut entamer un grand tour, véritable circonvolution autour du pré, il y a bien 1 f*** km à parcourir. Qu’à cela ne tienne, je la vois enfin cette ligne d’arrivée, le pré quitté ce matin à la fraîche s’offre enfin à moi.

Le chrono officiel annonce 3 heures 38, si je retire mes 10 minutes de perdition, cela correspond au temps prévu pour ce premier vrai trail.

Final
Je retrouve Boris arrivé depuis une heure.
Je ne suis pas fatigué, ni essoufflé, mais j’ai les cuisses dures comme de l'acier, les muscles fessiers endoloris, le dos criblé de dard de frelons, je ne sais plus si j’en ai marre.
Je me rue au stand des ravitaillements et me rassasie de pain d’épice, de pâtes de fruits (vertes et oranges), de Tuc, d’eau, tout ce qui me passe sous la main.

Pour aller plus loin je vais devoir travailler la musculature de mes jambes et des fesses c'est un fait. Apprendre à gérer les séquences course/arrêt/reprise. L'endurance c’est une chose, mais pas suffisant pour profiter pleinement d’un trail de ce type.

What next? Une semaine plus tard le plaisir est intact, l’ambiance autour d’un trail est emprunt de bienveillance et de simplicité. Ces compétitions réunissant peu de participants et de ce fait réels passionnés sont un vrai moment de bonheur.

Rendez-vous dans 15 jours pour le Nocturne du Vexin!

Trail de Larchant 23K D+915

La semaine dernière c’était le trail de Larchant, suivez ma plongée dans l’inconnu de ma plus grosse épreuve de running (merci à Cécile la...